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Lundi 26 mai, un important séisme de magnitude 7 a eu lieu au
Japon à 18h24 heure locale (26 mai à 9h24 GMT) (source :
Japanese Meteorological Agency, JMA).
L’épicentre(1) est
localisé au large de la côte orientale de l’île de Honshu
(préfecture de Miyagi), et à environ 390 km au Nord Nord-est
de Tokyo. D’après les premières estimations, l’épicentre
se situe à une latitude de 38,817 degrés nord et à une
longitude de 141,654 degrés est ; l’hypocentre(2)
est localisé à une profondeur d’environ 70 km (source JMA).
Plusieurs répliques ont été enregistrées dans les heures
qui ont suivi.
D’après les premières informations, les dégâts sur
les bâtiments sont mineurs ; quelques incendies, éboulements
et glissements de terrain sont signalés. Plus d’une
centaine de personnes auraient été blessées. Le séisme a
été ressenti à une grande distance de l’épicentre,
jusqu’à Tokyo où la secousse aurait duré entre 1 et 2
minutes. Il a été enregistré sur l’ensemble des réseaux
sismologiques mondiaux. Le Japon dispose d’un réseau de
mesures accélérométriques dense en surface (environ 1000
stations sur le territoire). Certains accéléromètres en
surface sont doublés en profondeur, afin d’étudier la
modification des ondes sismiques par les couches
superficielles du sol. L’accélération du sol, enregistrée
avec précision sur tout le territoire, a atteint des valeurs
très élevées (supérieures à 0,5 g) sur une zone très étendue.
Le contexte tectonique
Le Japon se situe près d’une frontière active de
plaques. Il s’agit d’une zone de subduction où la plaque
Pacifique plonge sous la plaque Eurasie (figure 1). Les
plaques se rapprochent à la vitesse de 9 cm par an, ce qui génère
une très forte accumulation de contraintes tectoniques.
Lorsque ces contraintes deviennent trop fortes, certaines
failles peuvent être mises en mouvement. Le déplacement
rapide des bords de la faille génère alors des ondes
sismiques qui se propagent jusqu'à la surface.
En régime de subduction, de nombreux séismes se produisent
dans la zone de contact des deux plaques et également dans
leur épaisseur (voir figure 2). D’après les premiers résultats
du JMA, le séisme du 26 mai 2003 se serait produit sur un
plan de faille Nord-sud presque vertical, dans la plaque
plongeante pacifique à 70 km de profondeur.
Contexte sismique du Japon
Compte tenu de sa localisation dans une zone de convergence
de plaques, le Japon est une région à forte sismicité
(figure 3). Au cours de son histoire, ce pays a subi plusieurs
séismes meurtriers et destructeurs. Parmi les plus notables,
on peut citer : le séisme de Zenkoji (34 000 morts,
magnitude 7,4, le 18 mai 1847) ; le séisme de Sanriku
(22 000 morts, magnitude 7,6, 15 juin 1896) ; le séisme
de Tokyo (plus de 100 000 morts, magnitude 8,3, le 1er septembre 1923) et
le séisme de Kobe (5 502 morts, magnitude 6,8, le 16 janvier
1995).
Historiquement, la région concernée n’est pas la plus
active du Japon. D’après les évaluations probabilistes
d’aléa publiées en 2000 (Global Seismic Hazard Assessment
Program - GSHAP), la probabilité d’atteindre ou de dépasser
une accélération du sol de 0,25 g est de 10% sur une période
de 50 ans, dans la région épicentrale du séisme du 26 mai
2003. A Tokyo, l’accélération atteinte pour cette même
probabilité serait de 0,5 g.
Le site nucléaire d’Onagawa
Le séisme du 26 mai 2003 a été ressenti sur le site nucléaire
de Tohoku Electric Power) à Onagawa, située à un peu plus
de 50 km de l’épicentre (distance hypocentrale : 75
km). Cette centrale comporte trois tranches à eau bouillante
TOSHIBA, de puissances respectives 525, 825 et 825 MWe dont
une seule était en fonctionnement au moment du séisme
(Source Asahi Shinbun). D’après la JMA, l’intensité 6-7
(sur l’échelle japonaise JMA de 7 degrés) a été atteinte
dans la zone de l’épicentre et dans la région du site d’Onagawa.
Les intensités JMA sont calculées à partir des
enregistrements de l’accélération du sol. Les fortes
valeurs d’accélération (> 0,5 g) déduites dans un
premier temps (le 26 mai) de la carte des intensités sont
confirmées par les mesures d’accélération disponibles
depuis le 27 mai 2003.
L’intensité 6-7 de l’échelle JMA correspond à
l’intensité IX à IX-X de l’échelle Mercalli MSK (Kramer
S. L., Geotechnical earthquake engineering - Eds Prentice,
Hall International series, 1996) utilisée pour caractériser
la sismicité historique française. De tels niveaux
d’intensité occasionnent des dommages généralisés aux
constructions anciennes françaises vulnérables. Les
dispositions de construction parasismique japonaises semblent
avoir permis d’éviter des dégâts et des pertes en vies
humaines.
Le dimensionnement des centrales nucléaires japonaises fait référence
à deux niveaux d’accélération de probabilités
d’occurrence différentes. Pour le site nucléaire d’Onagawa,
le premier niveau (0,25 g) est probable pendant la durée de
vie de l’installation ; le second (0,375 g) a une
probabilité très faible d’être atteint (source :
Uranium Information Centre). Selon l’Ambassade française au
Japon, l’accélération du sol enregistrée sur le site de
la centrale est de 0,225 g. Le seuil de 0,2 g étant dépassé,
les dispositifs automatiques de sécurité ont été déclenchés
par la secousse, entraînant l’arrêt de la centrale,
conformément aux procédures de sûreté japonaises.
D’après différentes sources de presse japonaises (Asahi
Shinbun et Nihon Keizai Shinbun), les autres centrales nucléaires
ne se sont pas arrêtées de fonctionner et n’ont pas subi
de dégâts.
Données
accélérométriques
A la suite du séisme de Kobé de 1995
(magnitude 7,0) qui avait occasionné 5 502 morts, le Japon
s’est doté d’un réseau de mesures accélérométriques
dense (1000 stations espacées d’environ 25 km). La
figure 5 présente la cartographie des accélérations
maximales enregistrées pendant le séisme du 26 mai 2003 :
cette carte fait apparaître des accélérations supérieures
à 0,5 g sur une très grande zone, ponctuellement, l’accélération
a atteint 1g.
L’analyse de l’accélération
du mouvement du sol enregistrée dans un rayon de 100 km
autour du site nucléaire d’Onagawa a permis de préciser la
distribution spatiale du mouvement sismique (figure 6). Les
valeurs d’accélération observées sont remarquablement élevées
au regard des distances des observations à la source et du
peu de dégâts engendrés.
La très grande variabilité du
mouvement sismique est illustrée par les valeurs d’accélération
enregistrées à la station MYG011 (1,1 g en horizontal,
0,8 g en vertical) et sur le site nucléaire (0,225 g ;
source exploitant de la centrale). Ces deux points sont
distants de seulement 12 km. Le mouvement du sol résulte des
effets combinés du rayonnement de la source sismique, de la
propagation des ondes et de leurs interactions avec les
couches géologiques superficielles. Le site nucléaire d’Onagawa
a été construit sur une roche rigide, peu propice à
l’amplification des ondes sismiques. En revanche, la station
MYG011 (figure 6) est située sur des sédiments susceptibles
d’amplifier le mouvement du sol.
Conclusions
Le séisme du 26 mai 2003, s’est produit
dans une zone où l’activité sismique est forte, mais pas
la plus forte du Japon. Au cours de ce séisme, une faille
importante de l’ordre de plusieurs dizaines de kilomètres a
dû être activée en profondeur, à proximité de la limite
de plaques Eurasie-Pacifique. Les effets en surface de ce séisme
(mouvements forts et très variables, faibles dégâts) sont
le reflet d’un événement complexe dont la compréhension nécessitera
des études complémentaires.
La France métropolitaine est un
domaine sismotectonique intraplaque et un tel séisme de
subduction ne peut pas s’y produire. Les plus forts séismes
français relatés depuis mille ans, associés à des failles
crustales superficielles, ont une magnitude estimée inférieure
à 6,2. Néanmoins, des séismes de magnitude supérieure
(entre 6,5 et 7) ont été reconnus dans les couches géologiques
sur quelques failles actives en France (Faille de la Durance,
Faille de Nîmes, Alsace). L'étude de ces paléoséismes a
montré que leurs périodes de retour (durée séparant deux séismes
consécutifs) sont supérieures à la dizaine de milliers
d’années. La réglementation sismique française dans le
nucléaire a intégré la prise en compte des paléoséismes.
(1) Epicentre : projection sur la surface terrestre de
l’hypocentre
(2) Hypocentre : foyer où s’initie la rupture en
profondeur
Contact : presse@irsn.fr
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